À Nancy, un coup d’oeil dans les archives de l’Académie Goncourt

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L’Académie Goncourt et Nancy, c’est une histoire d’amour qui marche, sur la durée : en 1988, 10 ans après la première édition du Livre sur la Place, la première décide de confier ses archives à la seconde. Au fil des éditions, Hervé Bazin et François Nourrissier, deux présidents de l’Académie, s’étaient pris d’affection pour la Cité lorraine au point de lui confier la mémoire de l’institution.

C’est ainsi que les archives municipales de Nancy accueillirent les documents, dont les comptes-rendus des délibérations, de l’Académie Goncourt, auparavant conservés à Paris.

Les romans retenus pour
la première liste du prix Goncourt 2018

Il faut dire qu’Edmond de Goncourt, qui, avec son frère Jules, posa les bases de l’Académie Goncourt, était originaire de Nancy. Ils souhaitaient tous deux recréer l’ambiance des salons littéraires et autres dîners d’intellectuels : la mort les invitera à sa table avant qu’ils ne puissent concrétiser leur projet. Mais Edmond, prévoyant, avait tout inscrit dans son testament :

Je nomme pour exécuteur testamentaire mon ami Alphonse Daudet, à la charge pour lui de constituer dans l’année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de notre vie d’hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne, et qui a pour objet la création ci-dessous :

– d’un prix annuel de 5000 francs destiné à un ouvrage littéraire

– d’une rente annuelle de 6000 francs au profit de chacun des membres de la société

Ce n’est qu’en 1903, après quelques procès venant contester cet usage de l’héritage des Goncourt, que le prix sera finalement créé : le 21 décembre 1903, devant 3 journalistes, la première récompense est décernée à John-Antoine Nau, pour Force ennemie (Éditions de la Plume). Le président de l’Académie, Joris-Karl Huysmans, laisse la caissière du restaurant annoncer le nom du lauréat…

Le Livre sur la Place 2018 à Nancy

Paule Constant et Didier Decoin, membres de l’Académie
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Au cours de son histoire, le Goncourt connaitre de multiples événements et autres coups d’éclat. Des choix contestés, comme Marcel Proust en 1919 ou celui, non moins polémique, de Robert Merle pour Week-end à Zuydcoote en 1949. Des refus, aussi : Julien Gracq, qui avait fustigé les projecteurs superficiels mis sur l’écrivain dans La littérature à l’estomac, boude le prix qu’on lui accorde en 1951, quand Simone de Beauvoir, en 1954, préfère éviter la cohue devant chez Drouant en posant un lapin à l’Académie.
 

Autopublication et prix littéraires : “Il ne faut
pas avoir d’oeillères” (Bernard Pivot)

La plus importante crise de l’institution fut sans doute celle traversée avec Louis Aragon : élu en 1967 à l’unanimité — il aurait refusé dans le cas contraire —, le poète quitte la table un an plus tard après que d’autres membres ont éventé ses intentions de vote auprès de la presse…

Source

15 romans pour le Goncourt des lycéens : 30 ans déjà
Sybille de Gastines directrice de la communication de l’Institut de France