Affinités électives, amnésie sélective : Macron diplomate

Affinités électives, amnésie sélective : Macron diplomate

La Coupe du Monde 2018 de football débutera en Russie à partir du 14 juin et la question que toute l’édition se pose est de savoir… si Emmanuel Macron assistera aux matchs. La réponse est : oui, à condition que la France passe les quarts de finale. Merveilleuse initiative !


 

Les mauvaises langues diront que le président de la République ne prend pas beaucoup de risques. Celles et ceux qui ont plus de mémoire se souviendront que Jupiter qui aime la foudre avait ostensiblement snobé le stand de la Russie, qui était invitée d’honneur de Livre Paris. Scandales et indignations passés, restait l’affront.

Politique et littérature ne font jamais bon ménage, surtout quand la seconde est victime des machinations de la première. Mais qu’importe : notre président olympien, avec le calme du même nom, n’a pas attendu pas la célébration footballistique pour rendre visite aux autorités russes. En effet, un déplacement était programmé ces 24 et 25 mai. Avec en clôture, un gala « offert par Vladimir Poutine ».

Preuve que l’on peut prendre la littérature en otage, quand les intérêts immédiats sont servis. Mais que c’est aussi une bienveillante clémence que l’Élysée sait dispenser. Auguste n’aurait pas mieux fait.

Broutille, dirait-on, puisqu’au cours de la conférence de presse de ce 25 mai, avec Vladimir Poutine, Zeus assembleur de nuées a évoqué « le succès du Salon du Live de Paris qui succède à l’Année du Tourisme culturel en 2017 ». Sans frémir des oreilles.

Et d’ajouter : « Toute cette histoire culturelle, c’est ce qui nous oblige parce que nos imaginaires sont communs, ils sont européens, ils sont européens. »

hOnnIF soit qui mal y pense
 

Pour autant, et malgré la rime, clémence n’a rien de commun avec clairvoyance : dernièrement, la France via le potentat présidentiel, a apporté son plein et entier soutien à la candidature d’une ministre rwandaise, pour le poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie. 

Le Rwanda, outre qu’il s’agit d’un pays à dominante anglophone – le français y demeure une langue officielle, en perdition. Le pays est dirigé par Paul Kagame, qui a le français en sacro-sainte horreur, au point d’en interdire l’enseignement. Une peccadille, puisque cela n’enlève rien aux qualités dont Louise Mushikiwabo, la candidate, pourrait faire preuve audit poste. 

Le Rwanda convoite la francophonie,
avec la bénédiction de Macron

 

Ce qui est plus gênant, se référant aux informations communiquées par Reporter Sans Frontières, c’est que le pays n’est pas vraiment un exemple à suivre en matière de répression et de censure. « Ces dernières années, moins de violations ont été recensées contre les journalistes, mais cela s’explique par le fait que la plupart de ceux qui étaient critiques du régime ont fui le pays, ou s’autocensurent », peut-on lire. Ou autre.

Mieux : la réélection de Paul Kagame en août 2017 – qui a pu briguer un troisième mandat – s’est opérée « grâce à une modification constitutionnelle ». De quoi conforter, affirme RSF la continuité du régime qui, en dépit d’efforts, vit avec « censure et autocensure […] omniprésentes ». (via RSF)

Or, parmi les objectifs de l’OIF, on compte par exemple : 

  • – l’instauration et le développement de la démocratie  ;
  • – la prévention, la gestion et le règlement des conflits, et le soutien à l’État de droit et aux droits de l’Homme.

Et dans ses missions, entre autres « Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ». Le Rwanda n’est certes pas le pire des élèves de notre planète, mais, si l’on s’en réfère au rapport d’Amnesty International, les inquiétudes de RSF sont confortées.

« La répression exercée contre les opposants politiques s’est poursuivie avant et après les élections, s’illustrant par des cas de graves restrictions aux libertés d’expression et d’association, d’homicides illégaux et de disparitions non élucidées », annonce en effet Amnesty

De deux choses : l’une, notre président n’avait pas les dernières informations – le rapport d’Amnesty est assez récent. L’autre… que l’on ne se risquera pas à formuler. 
 

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Et la littérature, dans tout cela ? Oh, qu’elle reste à sa place, et la langue française avec elle. Elle n’aura servi qu’aux fins présidentielles, et pourra fort bien se retourner dans sa tombe sans qu’on l’entende. À l’heure des « convergences » que Macron se découvre avec Poutine et Kagame, les conclusions s’imposent.

« Gouverner, c’est faire croire », après tout.
 

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