Annette Kellerman, histoire de la sirène inventrice du maillot de bain

Carte postale des années 1900 montrant la nageuse Annette Kellerman en position allongée - source : WikiCommons

Superstar de son temps, surnommée « la femme parfaite », la nageuse australienne Annette Kellerman est surtout celle qui a libéré les femmes des inénarrables « costumes de bain » en inventant le maillot – qui leur permettrait désormais de nager sans entrave.

En 1905, Annette Kellerman a 19 ans lorsqu’elle tente la traversée de la Manche en compagnie de quatre nageurs. Ce n’est pas la première fois que des sportifs se lancent ce défi et beaucoup avant elle n’ont pas résisté aux 31 km dans une eau froide et traversée par de forts courants.

« Elle avait calculé son entreprise aussi méthodiquement que ferait un général à la veille d’une grande bataille. Son plan consistait à se porter aussi rapidement que possible sur les South Sands Light Ships (les bateaux phares ancrés sur les fameux bancs du même nom), en s’aidant de la marée descendante.

La première partie du programme fut brillamment exécutée : en douze heures, la gracieuse Australienne atteignait ce “point mort” où elle comptait attendre la marée suivante, qui la pousserait vers les côtes françaises et lui permettrait de gagner les abords du cap Gris-nez.

Malheureusement, ce plan fut déjoué par une brusque saute de vent, qui soulevait des vagues courtes et arrêtait son élan. Ses forces s’épuisèrent vite en des efforts stériles. Prise de nausées, en proie au mal de mer, elle dut renoncer à l’entreprise. »

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La jeune femme est contrainte à l’abandon, comme les autres nageurs de cette aventure. Précision : si les hommes ont le droit de s’élancer nus dans cette traversée, Annette Kellerman est contrainte de porter une combinaison faite d’un pantalon cousu avec une chemise, ce qui ne facilite pas ses mouvements.

Forte de son expérience, elle décide de bricoler un premier maillot de bain à partir de sous-vêtements féminins, moulant et sans manches, qui lui permet d’évoluer beaucoup plus aisément dans l’eau. Évidemment c’est un scandale car l’époque n’est pas encore à l’exposition des corps. Elle est même arrêtée en 1907 à Boston pour « indécence ». Elle est cependant relaxée par le juge qui prend en compte les arguments sportifs de la jeune femme et les nageuses sont autorisées à enfiler un maillot, à condition cependant qu’elles portent une robe avant d’entrer dans l’eau.

Profitant de cette forme d’entre-deux juridique, Annette lance alors sa première ligne de maillots de bain, qui permettent aux femmes – de plus en plus nombreuses à vouloir nager – d’évoluer librement dans l’eau. La popularité de ce nouveau vêtement et de son inventrice est telle qu’on l’appelle « le Kellerman ».

Habillé de ce maillot, Annette Kellerman multiplie les courses et se lance dans les spectacles aquatiques. En 1913, cette amoureuse de Paris se produit à l’Alhambra.

« Nouveau spectacle veut dire nouveau succès et naturellement celui provoqué par l’annonce d’Annette Kellermann “la femme parfaite” est aussi complet que la gracieuse plongeuse pouvait le désirer.

Annette Kellermann se présente d’abord dans une suite de danses fort plaisantes et entourée d’un essaim d’enfants, jeunes et jolies danseuses ; puis elle nous fait assister à une série de plongeons savants et, si drôle que cela puisse paraître, disons tout à fait artistiques. Une grande piscine, installée à cet effet sur la scène, montre de quels moyens peut disposer l’Alhambra. »

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Écho de presse

Cette « femme parfaite » (il s’agit du titre de son spectacle) séduit tant la presse qu’on la compare régulièrement à la Vénus de Milo (« Seulement à partir du cou », aurait-elle répondu au journaliste qui lança la comparaison).

Son aisance dans l’eau et son charisme intéresse Hollywood et elle ne tarde pas à tourner dans plusieurs films.

« Mlle Annette Kellermann, la célèbre nageuse, s’est laissée tenter par le cinéma. Elle y a immédiatement remporté deux énormes succès: l’un dans la “Fille des Dieux !”, l’autre dans “La Reine des Mers”.

Dans tous les pays de langue anglaise, les affiches n’appellent plus Mlle Kellermann que la “Vénus Plongeuse” (The Diving Venus!)

Ce titre, un peu prétentieux, pourra prêter en France à des quiproquos désagréables. Mais la grande artiste ne sera pas embarrassée pour en trouver un autre, pas plus modeste, soyez-en assurés.

Mlle Kellermann ira loin si les petits poissons ne la mangent pas ! »

Son succès est d’autant plus fulgurant qu’elle est la première actrice à jouer nue dans une scène du film La Fille des Dieux, les seins simplement dissimulés derrière ses cheveux longs. On imagine là encore le scandale que provoque la scène dans les milieux conservateurs.

Le journaliste du Petit Marseillais semble, lui, totalement enthousiasmé par la « beauté des sites » et le scénario du film…

« Au Majestic, cette ondine, la plus belle que l’on n’ait jamais vue : Mlle Annette Kellerman, champion du monde de natation. Elle est unique, dans la Fille des Dieux, ce chef-d’œuvre qui émerveilla la foule des spectateurs. 

Jamais film n’avait été aussi intéressant par la beauté des sites, par la richesse de la mise en scène, par l’intérêt du scénario, par le charme de l’interprétation. 

Le tout Marseille qui aime les œuvres d’art doit aller contempler la Fille des Dieux. »

En parallèle, les ballets aquatiques font la renommée d’Annette Kellerman. Dans les années 1920, elle alterne le cinéma et les spectacles au théâtre. En 1928, à plus de 40 ans, la plus belle des ondines confie non sans mépris le secret de sa forme au quotidien sportif – et accessoirement, antisémite – L’Auto :

« Je n’ai jamais bu de cocktail de ma vie, dit-elle en jetant un regard un peu méprisant sur nos verres hautement colorés. Je ne bois que de l’eau. Il y a quinze ans que je n’ai mangé de viande ni bu de vin, ni de café… 

Aussi je n’ai jamais été malade, je n’ai jamais manqué une répétition et mon numéro dure plus d’une heure… »

Dans le même article, elle confie son intention d’ouvrir une école de natation à Deauville pour les femmes, de plus en plus nombreuses à vouloir nager.

Elle complètera ses activités sportives et artistiques par des livres de conseils beauté et santé, devenant précurseuse dans un nouvau domaine tandis qu’elle devient propriétaire d’un magasin de « bien-être » en Californie.

Elle retournera en Australie vers la fin de sa vie. Et lorsqu’elle mourra bien des années plus tard, en 1975, ses cendres seront dispersées sur la grande barrière de corail.

Pour en savoir plus :

Claude Fouret, « 1926 : la bataille de la Manche à la nage », in: STAPS, 2004

Shana Corey, Mermaid Queen: The Spectacular True Story Of Annette Kellerman, Who Swam Her Way To Fame, Fortune & Swimsuit History, Scholastic Press, 2009

Source

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