De l’arnaque aux livres d’Amazon aux données volées de Facebook

De l’arnaque aux livres d’Amazon aux données volées de Facebook

Au cours des derniers mois, Amazon s’est débattu comme un beau diable. Le marchand faisait face à une multiplication des arnaques. Auteurs, éditeurs et simples clients étaient parvenus à exploiter des failles dans les différents services, et faisaient de l’argent sur le dos d’Amazon. Chose que la firme ne voyait pas spécifiquement d’un bon oeil.

Beware of pickpockets!
Cornelius Kibelka, CC BY SA 2.0
 

Les utilisateurs de la plateforme d’autopublication d’Amazon, Kindle Direct Publishing, ou encore du service de lecture illimitée, Kindle Unlimited se frottaient les mains. Grâce à des solutions technologiques finement rodées, ces derniers parvenaient à gagner des sommes rondelettes, en truandant le client lambda et surtout la société de Jeff Bezos.

Saisir la justice pour sauver son honneur
 

Pour Amazon, la chose était entendue : il s’agissait là d’une violation de ses conditions d’utilisation, mais jusqu’à présent, on attendait la réaction. Or, le tribunal fédéral de Washington pourrait donner un coup de main à l’entreprise, laquelle a fait état de deux escroqueries clairement identifiées. Les documents déposés à la cour font état : 
 

• du recours à un bot, clickfarm ou tout autre outil permettant d’augmenter artificiellement le nombre de pages vues

Ce premier élément concerne Kindle Unlimited : les auteurs autopubliés ou éditeurs qui ont inscrit leurs livres dans ce programme sont en effet rémunérés à la page vue. Le client-lecteur, lui, souscrit au programme pour 9,99 $ et participe ainsi au financement — Amazon, de son côté abonde une cagnotte spécifiquement. En février dernier, ce sont 20 millions qui ont été versés, au niveau mondial, contre 20,9 millions $ en janvier. (voir The Digital Reader)

On comprend aisément comment gonfler le nombre de lecture de pages rapporte quelques substantiels deniers..

• de la création et/ou publication de contenus dupliqués

Ce second point porte sur les livres qui en réalité contiennent des pages créées de toutes pièces — et sans aucun contenu en réelle relation avec le livre. Il faut comprendre que, pour les auteurs prenant part à Kindle Direct Publishing, la rémunération est opérée via le fonds abondé par Amazon, avec un ratio en fonction du nombre de pages. Moins le livre en compte, moins le créateur est rémunéré.

Il suffit donc pour un auteur de copier-coller des dizaines de pages d’un précédent livre, d’un ouvrage du domaine public, etc., pour démultiplier le nombre de pages de son bouquin. Et, restant dans les clous de la légalité, il peut alors engranger des revenus, à partir de cette simple arnaque.

La guerre contre les robots, les escrocs et les escrobots
 

Selon les estimations, ces pratiques permettraient à aux escrocs les plus efficaces de gagner une centaine de milliers de dollars par mois, via l’écosystème Kindle Unlimited. Des sommes nécessairement perdues pour les auteurs qui jouent le jeu de ce service en toute honnêteté.

Autre élément à souligner : les efforts démesurés qu’Amazon a déployés, pour devenir partout dans le monde la référence dans l’autopublication, ont donc un revers de médaille. Ces modèles d’escroquerie montrent à quel point Amazon est parvenu à ses fins — et en paye les conséquences. 

Sauf que les auteurs, informés de cette situation pourront réfléchir à deux fois avant d’accepter les conditions d’exclusivité imposées pour entrer dans Kindle Unlimited. Et progressivement, la firme perdant en qualité verrait alors sa notoriété, durement acquise à grand renfort d’optimisation fiscale, se dégrader.

En France, la situation se retrouve sous d’autres formes : ce sont des livres écrits par des robots, un authentique charabia donc, ou qui usurpent l’identité d’auteurs véritables, pour commercialiser des traductions également opérées par des machines.

La justice doit encore confirmer sa décision d’arbitrage, mais cette victoire d’Amazon constituerait un précédent juridique de grande envergure. Après avoir saisi l’American Arbitration Association, qui lui a donné raison, il faut encore que le juge fédéral fasse appliquer la décision favorable, rendue la semaine passée

Facebook et Amazon, les GAFA à la barre
 

Certes, une condamnation donnera un certain avantage, et prouvera que l’entreprise fait le nécessaire pour assainir ses étals. Par ricochet, cela pourrait donner du grain à moudre aux petits malins qui profitent de ces failles. Peut-être même les dissuader. Rappelons que tout a commencé avec un utilisateur, Jake Dryan, et deux sociétés britanniques Green Publishing Ltd. et Project Olympus Ltd., prises en flagrant délit. 

Pour autant, Amazon aura à maintenir une surveillance étroite de l’ensemble des publications réalisées, pour assurer un suivi efficace de la décision de justice — si elle lui est favorable. 
 

Amazon verse désormais dans
“le blanchiment d’argent”, malgré lui ?

Et c’est ici que Jeff Bezos et Amazon rejoignent Marc Zuckerberg et Facebook : le scandale du Cambridge Analytica avait conduit le patron du réseau social devant le Congrès américain. En effet, une application à laquelle se connectaient les utilisateurs permettait de collecter les données personnelles de dizaines de millions d’inscrits à Facebook. 

Moralité ? Faisant amende honorable à demi, Zuckerberg a promis de débloquer un fonds pour inciter des lanceurs d’alerte à dénoncer des applications coupables. Celles qui menacent la sécurité des usagers seront ainsi exclues, pour assurer un meilleur service. Le patron de Facebook a présenté ce programme pour chasseurs de prime qui récompensera la pertinence des informations communiquées, évaluant les dangers que présentent les applis. 

Plus les infos seront précises, selon le degré de collecte et/ou d’escroquerie des utilisateurs, plus les sommes versées seront significatives. Zuckerberg, face aux membres du Congrès, affirmait qu’en Russie, des sociétés s’étaient spécialisées dans l’exploitation des failles du système Facebook. « Aussi s’agit-il d’une course aux armements », concluait-il. Qui désormais, foin d’algorithme pas assez compétents pour l’heure, sera menée par l’intermédiaire de véritables être humains.

Amazon n’en est pas encore là. Mais les lanceurs d’alerte ne seraient probablement pas la moins bonne des options…

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