Imaginales : la rémunération des auteurs confine à la science-fiction

Imaginales : la rémunération des auteurs confine à la science-fiction

Le mouvement #PayeTonAuteur, surgi au moment du salon Livre Paris, ne prendra pas de repos de si tôt. Luttant pour la rémunération des auteurs, légitimement revendiquée, il fait face à une nouvelle errance. Cette fois, de l’un des plus prisés des festivals consacrés aux littératures de l’imaginaire.

En mai dernier, un courrier avait mis le feu aux poudres : les auteurs invités à l’édition 2018 se voyaient informés des conditions de leur rémunération. Avec un montant annoncé de 150 € net pour deux interventions et une seconde enveloppe du même montant à compter de la troisième. 

Le tout accompagné d’un argument fulgurant : « Malgré le soutien du CNL – qui nous accompagne par une augmentation significative de sa contribution – et l’augmentation significative du financement municipal en faveur du festival, nous sommes encore dans l’incapacité d’indemniser, dans le cadre actuel (plus de 150 invités et près de 400 participations aux débats) l’intégralité des rencontres proposées. »

Le courrier ne revenait pas sur la nécessité de rémunérer les auteurs : il expliquait simplement que des efforts avaient été fournis par le festival. Ainsi, des 150 € bruts en 2016, on passait à 150 € net pour 2018. 

Une subvention conditionnée au paiement des auteurs
 

Problème : les imaginales perçoivent une subvention de la part du Centre national du livre, laquelle est conditionnée par le fait de rémunérer les auteurs. Et pour ce faire, un tarif minimum a été acté, et se doit donc d’être respecté. Les 150 € nets dont parlent les Imaginales équivalent à une séance plateau. Pour deux interventions, on passe à un net de 229 €

Selon nos informations, deux courriers avaient été adressés aux organisateurs : le premier émanant d’auteurs invités, le second du président du CNL, Vincent Monadé. Tout devait être réglé… Mais en réalité non.

Car les organisateurs viennent de diffuser un message pour conforter leur première position, mettant en place un montant forfaitaire qui n’a rien à voir avec les tarifs minimums que présente le CNL. De fait, Les Imaginales imposent leur barème, avec une « somme ainsi versée forfaitairement », pour « protéger les équilibres économiques patiemment bâtis par le festival de 2002 à 2018 ». 

D’autant plus problématique que la subvention octroyée par le CNL a été augmentée d’année en année, depuis trois ans. Or, pour se mettre à l’abri le festival « affirme également que la rémunération des écrivains doit rester fondée sur le droit d’auteur, donc sur les ventes d’ouvrages ». 

Le tout en indiquant que la rémunération aura « des répercussions inévitables sur le nombre d’invités ».


 

Auteur, une variable d’ajustement régulière ?

Scandalisé, un auteur fait remarquer que, « depuis trois ans, ils n’étaient pas en conformité avec les tarifs du CNL : ils ne peuvent pas présenter comme une faveur le passage du brut au net ! S’ils obtiennent des soutiens financiers du CNL, alors ils respectent les règles, point ». 

Et d’ajouter, profondément déçu : « Ce n’est pas comme pour la confrontation avec Livre Paris : Les Imaginales, c’est une manifestation, une ambiance que l’on aime particulièrement. » Et de noter : « Pierre Pevel vient d’annuler une conférence, Samantha Bailly également. Moi, je n’ai qu’une rencontre, mais ceux qui en assureront deux se retrouvent finalement payés pour une seule – si l’on suit les tarifs CNL. »

Déception d’autant plus amère qu’au plus fort du bras de fer entre Livre Paris et #PayeTonAuteur, Les Imaginales avaient été citées comme un modèle. Surtout parce que la manifestation avait promis une mise en conformité. « On espérait que l’affection que l’on a pour cette manifestation serait réciproque. On s’est trompé. Alors oui, j’y serai, mais c’est dommage : pourquoi la variable d’ajustement c’est toujours les auteurs ? » 
 

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Un montant d’aide de 30.000 €, précisément, mais qui, nous explique-t-on au CNL, avait été validé avant que la nouvelle grille tarifaire ne soit communiquée. « Le passage en commission s’est en effet opéré avant que nous ne présentions les nouveaux tarifs. Cependant, nous avons obtenu un engagement de la mairie : pour 2019, ce sera une mise en conformité, ou aucune subvention. »
 

Une tolérance avait été acceptée pour que Les Imaginales montent en puissance autour de la rémunération. Ce qui pourrait justifier les montants versés au cours des deux années passées. Le président du CNL, Vincent Monadé, contacté par téléphone assure : « Le CNL a laissé du temps aux organisateurs pour se mettre en conformité dans un contexte complexe pour les finances locales. Ce temps est maintenant terminé : nous tirerons toutes les conclusions de l’application ou non de la reforme par les organisateurs dès 2019. Et je n’exclus pas, si certains ne se confirment pas à nos grilles tarifaires, que la commission du CNL en charge de la vie littéraire décide de les sanctionner financièrement. »

La solution serait cependant d’organiser moins de rencontres et conférences. Diminuer la quantité d’interventions programmées, pour assurer une rémunération globale. Ou bien renoncer définitivement à la subvention du CNL, comme l’avait fait l’autre grand festival, Les Utopiales.

Un choix raisonné et raisonnable

 

Stéphane Wieser, joint par ActuaLitté, précise que le message diffusé sur le site des Imaginales, voilà quelques jours était destiné « à expliquer notre position, et le fonctionnement. Nous avons été l’un des premiers festivals à répondre favorablement à la rémunération des auteurs, il faut le rappeler ».

Et de souligner que, dans le cadre des discussions menées avec le CNL, le festival a progressivement augmenté le montant attribué. « En regard des moyens disponibles, seule cette solution était envisageable, pour ne mettre personne de côté. Épinal est une petite ville, et nous fonctionnons avec un budget faible. »

En l’état, 300.000 € pour faire tourner la manifestation. « Avec une centaine de tables rondes, nous avions calculé que rémunérer les auteurs sur la base demandée actuellement par le CNL coûterait 80.000 €. C’est impossible à tenir. »

L’autre point, non négligeable, relève d’une question administrative : « Au moment où nous avons déposé notre dossier, le CNL n’avait pas fixé les seuils que l’on connaît : ils sont apparus entre temps. » Assurant qu’en 2019, la manifestation se mettrait en phase, le directeur des Imaginales, il souligne par ailleurs que les choix opérés pour cette édition « sont raisonnés et raisonnables ». 

« L’objectif est d’aboutir à une rémunération qui soit la plus complète possible, mais que deviendrait le festival si l’on n’invitait plus qu’une trentaine d’auteurs pour être assurés de les payer tous ? Et qui devrions-nous alors choisir ? Les têtes d’affiche, pour capter l’attention des visiteurs ? Dans ce cas, nous laisserions sur le côté les jeunes auteurs ou ceux, plus fragiles, qu’il faut soutenir. »

C’est là une des missions revendiquées par Les Imaginales, « accélérer des carrières et mettre en avant des écrivains. En inviter moins, c’est aussi perdre en qualité dans notre programmation. Ce serait revenir sur notre vocation à promouvoir les littératures de l’imaginaire ainsi que nous le faisons ». 

Et de conclure : « Je comprends la colère des auteurs. Maintenant il faut savoir ce que nous voulons. »

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