La diffusion, chez Flammarion, “méprise totalement le petit libraire”

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Certains libraires ont reçu ces derniers jours une étrange carte de voeux : un courrier signé par le directeur des ventes les informe d’une « réorganisation de la diffusion Flammarion » aboutissant sur la disparition de la visite du représentant au sein de leur librairie. Plusieurs professionels se disent choqués par les méthodes de Flammarion et du groupe Madrigall, déplorant par ailleurs une communication « impersonnelle ».

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Depuis la réception du courrier du groupe Flammarion, Fabienne van Hulle, libraire et gérante de Place Ronde, à Lille, ne décolère pas. Dans cette lettre datée du 18 décembre et signée par Pierre Liorzou, directeur des ventes, elle a découvert que la représentante du groupe Madrigall qui lui rendait visite et travaillait avec elle, Marie-Paule Galois, ne s’arrêterait plus au sein de sa librairie lui présenter les nouveautés, organiser certains réassorts ou traiter des retours délicats. Le compte de la librairie, précise le courrier, sera désormais géré par le service de la Diffusion Générale de Flammarion.

« Aujourd’hui on dématérialise tout, y compris dans le monde de la culture : cela supprime des emplois et déshumanise les relations », déplore Fabienne van Hulle. « D’un côté, on dit qu’il faut des librairies indépendantes, que cela est important pour la bibliodiversité, et de l’autre, on méprise totalement le petit libraire, celui qui ne fait pas de piles avec 50 exemplaires du prochain Houellebecq. »

Excédée, comme d’autres de ses confrères et consœurs, par les pratiques de certains éditeurs, la libraire de Place Ronde a fait part de sa colère sur les réseaux sociaux, en joignant une photographie du courrier envoyé par Flammarion. « Je m’étais déjà battue pour que Marie-Paule passe dans ma librairie : si je n’ai plus de représentante, je deviens une salariée de Flammarion : lors des négociations, je vais réclamer 3 points de remise supplémentaires, a minima ! »

Le représentant d’un diffuseur permet aux libraires de bénéficier de propositions commerciales adaptées à son établissement : ce représentant connait la boutique, sa clientèle et, par les discussions avec le libraire, détermine avec lui quels titres et stocks permettront la relation commerciale la plus harmonieuse et la plus efficace. Le départ d’un représentant oblige donc le libraire à effectuer lui-même son travail, sans aucun échanges, et à éplucher à l’aveugle des catalogues.

« La suppression de la visite dans ma librairie équivaut à des économies pour Flammarion, ce qui justifierait des points de remise supplémentaires : il n’y a pas de raison que les marges profitent toujours aux mêmes. À partir de 2019, ma politique commerciale pourrait tendre à proposer uniquement les livres qui m’ont été présentés par des représentants, par des maisons qui créent ou maintiennent le niveau d’emploi », nous explique la libraire. 

Contactée, le service de diffusion de Flammarion n’était pas disponible pour répondre à nos questions dans l’immédiat.
 

Une communication défaillante

Outre la décision, Fabienne van Hulle critique la manière de faire : « Dans ma vie professionnelle passée, notamment en tant que directrice des achats, j’en ai connu des réorganisations, et des violentes : pourtant, les personnes en face de moi dans une relation commerciale, je les traitais de manière correcte, il y avait discussions, explications et organisation préalables, courrier personnalisé. »

C’est la première fois que Fabienne van Hulle reçoit un tel courrier, même si les problématiques de la diffusion en librairie, et en particulier dans les plus petites, sont récurrentes dans la profession. « Pourtant, je ne suis pas traitée comme ça chez Hachette et Interforum [également diffuseurs, NdR], malgré la taille de ma librairie. »

La libraire assure que la teneur du courrier et le choix de Flammarion pèseront dans les négociations avec l’éditeur et le groupe Madrigall qui, selon elle, a tendance à négliger les points de vente de taille modeste. « Le Houellebecq, par exemple, il y a fort à parier que je ne l’aurai pas le jour de sa parution, comme le dernier Guillaume Musso que j’ai reçu deux jours après le Furet du Nord [chaine de librairies du Nord de la France, NdR], car ma librairie est encore quantité négligeable dans le paysage. »

Malgré tout, la libraire relativise : « J’ai, non loin de la librairie, des maisons d’édition formidables qui me proposent des taux de ristourne qui me permettent de travailler, comme La Contre-allée ou Page à Page… »

À bon entendeur…

Source

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