Monstrueuses monstruosités, la vie d’une petite fille de 10 ans

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ROMAN GRAPHIQUE (DE FOU !) – La vie d’Emil Ferris n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille. En 2002, cette mère célibataire s’entend diagnostiquer un syndrome du Nil occidental. Cette maladie neurologique peut entraîner la mort, ou une paralysie. Mais à force de lutte, c’est une nouvelle existence qui va se dessiner…


 

Emile Ferris, auteure de ce roman graphique, travaillait comme dessinatrice de jouets : quand sa main droite paralysée par la maladie ne fonctionne plus, c’est la fin de tout. Elle a 40 ans, mais, magnifiquement, entourée, elle va parvenir à dépasser le handicap. Elle réapprendra à dessiner, en se scotchant un stylo à la main. 

Elle choisit alors de s’inscrit au Chicago Art Institute pour obtenir un diplôme : cela devenait la chance de refuser la paralysie et de se battre, ouvertement, à la face de l’univers. Son roman graphique a débuté dans ce contexte, et six années durant, elle travaillera d’arrache-pied à sa réalisation. 

800 pages plus tard, l’œuvre est aboutie, mais essuiera 48 refus d’éditeurs avant que Fantagraphics ne s’y intéresse. Paru en février 2017, le premier tome est immédiatement reconnu. Et nous y voici : traduit par JC Khalifa, Moi ce que j’aime, c’est les monstres est un ouvrage titanesque qui démontre la rage d’Emile Ferris, sa fureur de vivre et de surmonter le diagnostic. On lui avait promis qu’elle ne pourrait plus bouger, elle s’est surpassée.

Le roman graphique raconte l’a vie d’une jeune fille de 10 ans, Karen Reyes, dans la ville de Chicago. Nous sommes dans les années 60, et Karen a une prédilection pour les loups-garous. Pour tout dire, elle-même se voit sous ces traits. Malmenée à l’école, vivant dans une famille aimante, elle se cherche, se questionne, s’interroge… 

La vie n’est pas une chose facile…

Sous la ferme d’un journal intime, elle raconte son quotidien, jusqu’à cette cassette qu’elle découvre : elle appartenait à la voisine, Anka Silverberg, qui vient de se suicider d’une balle, le jour de la Saint-Valentin. Et l’objet lui ouvre une porte sur la vie de cette voisine, dont la famille a vécu durant l’Holocauste, en pleine Allemagne nazie. Survivre, alors, parce que vivre n’était déjà pas bien simple…

Son éditeur nous avait promis un « polar, une épopée historique et un drame familial ». Il parlait aussi d’une « putain de bonne histoire, une ode à la différence, à la résilience, et aux femmes puissantes ». C’était très juste, mais il n’avait pas tout dit. 

Entre les monstres que Karen imagine et ceux qui sont là, dehors, c’est aussi l’histoire d’un combat qui se laisse entrevoir. Celui d’une femme condamnée, qui est parvenue à trouver une énergie vitale qu’elle a dirigée vers cette étrange étrangeté de livre. Partie d’une méningo-encéphalite, elle aboutit à ce qui est certainement le plus étonnant des titres de cette rentrée.

Depuis sa parution, l’ouvrage a raflé les prix, avec, dernièrement, les prix Eisner du meilleur album 2018 et celui de la meilleure auteure. Par-delà la complexité d’un trait qui peut déstabiliser, c’est bien une monstrueuse aventure qui s’offre au lecteur.

Emil Ferris, trad. JC Khalifa – Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Monsieur Toussaint Louverture – 9791090724471 – 34,90 €
 

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