Pink Floyd fait voir à Houellebecq des vaches qui n’existent pas

Atom Heart Mother Pink Floyd 1

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Houellebecq l’avait toujours assuré:  musicalement, il n’avait pas dépassé les années 70. Fort bien. Mais dans Sérotonine, il nous exécute un splendide dérapage incontrôlé. « Une grosse boulette », souligne le lecteur qui, photo à l’appui — et confirmation apportée par la version numérique — montre comment Houellebecq a légèrement perdu le sillon.
 

On retrouve le narrateur du roman avec son ami Aymeric, obsédé par l’équilibre financier de son héritage : un château, pour lequel il est vaguement aidé par les Monuments historiques. Des travaux seraient à prévoir — sa femme les envisage sérieusement — afin d’ouvrir un hôtel, ou peut-être un gite. Une quarantaine de chambres disponibles, cela laisse de quoi voir venir.

Et dans sa collection de cinq mille vinyles, il va choisir, pour accompagner le chablis qu’on glougloute, d’écouter les Pink Floyd. Houellebecq a le nez creux en choisissant l’album : Ummagumma , sorti le 25 novembre 1969 — eh oui, un cinquantième anniversaire en vue. Aymeric choisit la ballade pastorale Grantchester Meadows. Un solo acoustique sobre, interprété par Roger Waters — et quand on dit pastoral, on frisouille le bucolico-virgilien.
 

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« Le disque à vache, c’est de circonstance… », indique Aymeric. Pardon ? Oui, mais non : Ummagumma, c’est une pochette réalisée par Hipgnosis, avec une photo prise dans la maison de la petite amie de Storm Thorgerson — ami photographe. Les quatre membres du groupe y sont représentés, avec David Gilmour assis sur un tabouret. Si vache  ici il devait y avoir, elle apparaîtrait probablement rose fushia, et sa placidité sauvage ne serait que l’effet d’un excès de Chablis…

Surtout que la description faite de la chanson est tout à fait juste… Vincent Bélet, gérant de la librairie Payot à La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel), qui a relevé la boulette : en réalité, Houellebecq nous la met à l’envers — ou simplement l’éditeur n’avait pas de correcteur assez fin pour trouver l’erreur.
 

Parce que cette vache « de circonstance » dont parle son personnage, apparaît en réalité sur la pochette de l’album Atom Heart Mother, sorti en octobre également, mais le 2 octobre 1970. Ah là, oui : on voit bien Lulubelle III, de trois quarts arrière, tête vers le photographe. Le cliché par Thorgerson, encore lui, répondait à la volonté du groupe de quelque chose de simple : il avait alors pris sa voiture, roulé dans la campagne et rencontré Lulubelle III…

Une bévue qui prête à sourire : l’erreur est humaine, autant que labour est dans le pré. 

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Source

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