Rencontres obliques : le noir et blanc au service de l’effrayant

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BANDE DESSINÉE – D’abord, on est pris de court par le noir et blanc, ensuite la mise en page, troublante et déconcertante dans sa sobriété. Et plus oppressante encore parce qu’entre le noir et le blanc que l’on retrouve dans les dessins, au fil des saynètes, laisse à l’esprit un sentiment dérangeant. Délicieusement dérangeant.


 

Quand on parle dans la bande dessinée de saynètes diaboliques en noir et blanc, deux références s’imposent : l’humour terriblement noir et macabre de Franquin et celui, tout aussi sombre, aux penchants machiavéliques, de Foerster. 

L’un triture la société dans ses plus désespérantes facettes, pour faire apparaître les travers avec un humour cinglant. Le second plonge dans l’horreur burlesque, ambiance Contes de la crypte, et se complaît dans du morbide. Et les deux sont extraordinaires.

Au milieu, coule depuis quelque temps la rivière dont Clarke a creusé le sillon. Avec Réalités obliques, sa série de noir et blanc, il introduit un élément fantastique, décliné en cinq pages – qui parfois n’arrive qu’à l’ultime case. Des instants capturés, qui n’existent pas, mais dévoilent bien des choses : une tristesse infinie, un sentiment d’abandon, l’implacable destin qui s’écrit.

C’est le monde qui s’arrête de tourner et rejette dans le passé tous ceux qui auraient dû être l’avenir. C’est un naufragé, sur un bateau, qui a le pouvoir de se dédoubler : ses clones quitteront le navire, mais comme lui, ils sont égoïstes. Lui restera seul sur le pont. Ou cet homme qui absorbe la lumière, créant une obscurité partout où il va. Et ce chien abandonné, qui remonte la piste de ses maîtres, et plus encore de leur petite fille… pour se venger, crocs en avant.

Dans ce troisième volume, le miracle s’accomplit de nouveau. Certes, le principe est connu, mais la diversité des scénaristes – ils sont une dizaine à intervenir, sur vingt-cinq séquences – alimente la noirceur de l’ensemble. Ainsi Andreas, Raoul Cauvin, Aimée de Jongh, Dugomier, Foerster, Joseph Safieddine, Kid Toussaint, Vehlmann et Zidrou viennent apporter leur pierre au terrible édifice… Et une note d’humour, ici ou là, parce que l’ironie mord régulièrement qui s’en approche.

Son éditeur parle de quatrième dimension, et, assurément, on y retourne à chaque nouvelle séquence. Du surréalisme belge, de toute évidence, et une réalité qui éclate littéralement. Ces Rencontres obliques sont une distorsion du réel, entre cynisme et désespoir. Splendide, encore une fois splendide.

 




Clarke – Réalités obliques Tome 3 Rencontres obliques – Le Lombard – 9782803672363 – 16,45 €

Pour approfondir


Editeur : Lombard
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782803672363

Réalités obliques T.3

de Clarke

La femme qui n’existait qu’un jour sur deux, l’homme qui se précédait toujours lui-même ou celui qui n’avait pas le sens du toucher? Entre pur surréalisme belge, Quatrième Dimension et Idées noires Franquinisées, Clarke signe ici un livre unique en son genre, déclinant les concepts les plus inattendus en quatre fois quatre cases. Entre noir et blanc, déprime et rire absurde, l’auteur de Mélusine ouvre une lucarne à quatre carreaux pour éclairer différemment la grise réalité, et on en redemande !

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Source

Silent Voice, une superbe aventure cinématographique
Mort d'Anthea Bell, traductrice d'Astérix et de Stefan Zweig