“Une journée sans créer est une douloureuse apnée”, Manuela Ackerman

Enfance Manuela Ackerman 1

Scribadour.com

imprimer

ENTRETIEN – Enseignante, créatrice, volontiers tournée vers la jeunesse, Manuela Ackerman compte parmi les auteurs retenus pour le programme De l’écriture à la promotion. Durant six mois, ils sont dix à partir à la découverte du monde de l’édition, de ses acteurs et de ses réalités. « L’écriture est mon univers de prédilection, elle révèle ma personnalité à mon insu », nous raconte-t-elle.

Manuela Ackermann
Manuela Ackerman, CC BY SA 2.0
 
 

ActuaLitté : Que représente l’écriture pour vous, à ce jour ?

Manuela Ackermann : Dans mon idéal, l’écriture représente un souffle indispensable. « Écrire comme je respire, car une journée sans créer n’est qu’une douloureuse apnée… », c’est un peu mon mantra. Elle est encore un monde de contraintes et de tiraillements, entre cette obsession de poser des mots sur le papier, chercher une belle tournure, faire vivre la langue, créer des mondes et des personnages et entre un autre travail et une vie sociale. 

Le besoin d’écrire peut se montrer tour à tour intraitable, impérieux puis libérateur et rassurant, alors que l’inspiration peut me faire défaut et prendre un malin plaisir à se manifester lorsque ce n’est clairement pas le moment ; à l’instant de l’endormissement – emportant ses promesses avec la clôture de mes paupières –, alors que je conduis ou que je suis en pleins préparatifs culinaires. L’écriture, c’est mon foyer, c’est pourquoi ces paroles d’une chanson anglo-saxonne me parlent particulièrement : « This is home, now I’m finally where I belong ».

En outre, l’écriture représente un monde de sensations, car j’écris encore passablement à la main. L’odeur de l’encre et du papier, le grain de la page, la couleur et la brillance des lignes tout juste tracées, le geste grapho-moteur, tout ceci participe de l’écriture et de sa place grandissante dans ma vie.

Quels auteur-e-s vous ont construit, qu’ils/elles soient sources d’inspiration ou de rejet (et pourquoi) ?

Manuela Ackermann : Il me semble que chaque auteur-e qui m’a transportée dans son univers a contribué à forger la personne que je suis et à ce titre, il y en aurait trop pour tous les citer. Mais dans la liste des auteur-e-s qui m’ont éblouie, je veux citer Marcel Pagnol, parce que je plongeais pour la première fois dans un décor si vivant, pour la qualité de sa langue, la simplicité apparente de ses récits. 

Pearl Buck m’a ouvert un monde dépaysant autant par le côté temporel que géographique. Sans oublier Maupassant et ses nouvelles, Wilde et sa critique de la société de son temps, Anne Cuneo et son Maître de Garamond, Apollinaire et ses calligrammes, Baudelaire, un choc à l’adolescence, Dumas et ses fresques romanesques. Je me souviens ma stupeur, enfant, à la lecture du « Dernier des Mohicans ». Quoi, un auteur peut maltraiter son héros ?

Et au contraire, les auteur-e-s du nouveau roman, peut-être trop vanté-e-s au gymnase ; et surtout ceux et celles qui écrivent à chaque fois la même histoire ne m’inspirent pas du tout.

© Manuela Ackerman
 

Qu’attendez-vous de ce programme d’accompagnement et de soutien qu’offre la Fondation pour l’Écrit ?

Manuela Ackermann : Puisque écrire est une activité solitaire, je suis seule face à ma page et à mes interrogations. Cette activité ne manque pas d’écueils. En tant qu’auteure, je me pose de nombreuses questions sur la promotion, la gestion de cette vie d’auteure balbutiante. Il est difficile de prendre de la distance par rapport à mon travail et à l’accueil du livre par les lecteurs et la presse. Je me suis sentie jetée dans le monde du livre sans préparation, malgré l’appui de la maison d’édition. 

C’est pourquoi j’espère de ce programme de nombreuses rencontres déterminantes et des échanges rassurants, un soutien mutuel avec mes pairs. Je voudrais être à même de saisir toute la complexité des métiers du livre, ces fameuses étapes de l’écriture à la promotion. Il me semble également important d’apprendre à gérer les aspects contractuels et pratiques de ce métier exigeant. 

J’ai vraiment plus qu’une envie, un besoin impérieux et viscéral de poursuivre cette activité et trouver le moyen d’en vivre, même chichement ; ainsi, j’aimerais beaucoup que ce programme m’apporte plus de visibilité ainsi que des contacts déterminants pour mener à bien cette nouvelle ambition.

Retrouver l’ensemble de notre dossier De l’écriture à la promotion, les auteurs se professionnalisent    

Source

Le Prix Femina dévoile ses finalistes : romans français, étrangers et essais
Silent Voice, une superbe aventure cinématographique