La révolte des Boxers en Chine : insurrections contre la mainmise occidentale

La révolte des paysans chinois, les « Boxers », en pleine page dans Le Petit Parisien, 1900 - source : RetroNews-BnF

En juin 1900 la révolte des Boxers, des paysans chinois opposés à la présence occidentale dans leur pays, fait rage. La presse française observe avec crainte une insurrection qui pourrait menacer les intérêts économiques de l’Hexagone dans la région.

Leur symbole est un poing fermé, signe de leur détermination à mettre fin à la domination des Occidentaux en Chine aussi bien qu’à celle de la dynastie des Mandchous. Si leur révolte bat son plein au tournant du XXe siècle, la secte des « Boxers » dont le nom Chinois, Yi-ho k’iuan, signifie littéralement « le poing de la concorde et de la justice » est fondée plus d’un siècle plus tôt, vers 1770 dans les campagnes chinoises du sud de Pékin.

Les Boxers, pratiquants d’arts martiaux, recrutent leurs combattants parmi les classes populaires et se structurent de façon militaire. Leur alliée ? Une figure improbable, celle de Cixi, une impératrice douairière de 67 ans qui au tournant du XXe siècle, elle aussi, dénonce l’assise occidentale sur son pays… pour mieux renforcer sa propre influence.

C’est qu’à la fin du XIXe siècle, la Chine est depuis longtemps la terre de convoitises des puissances étrangères, parmi lesquelles le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Russie et le Japon. L’enjeu pour celles-ci : l’ouverture du marché chinois, qu’elles ont actionnée via une série de traités asymétriques. L’accès à l’opium, notamment, anime les intérêts des Britanniques.

L’impératrice Cixi choisit de constituer les Boxers en milice et au mois de juin l’ardeur des insurgés s’emballe. À plus de 8 000 kilomètres, en France, la presse observe avec stupeur cette révolte, comme Le Petit Parisien, le 2 juin 1900. Son analyse revèle bien comment, à travers cette révolte soutenue par l’impératrice Cixi, c’est l’emprise occidentale sur la Chine qui se joue :

« L’Europe commence à s’émouvoir de l’extension que prend l’insurrection des « Boxers » en Chine.  […]

On a tout lieu de penser, en effet, que cette formidable révolte pourrait bien avoir été préparée, favorisée en tout cas, par l’Impératrice-mère et ses mandarins, qui veulent à tout prix, bien qu’ils affirment publiquement le contraire, empêcher les progrès de l’influence européenne.

N’osant ouvertement refuser d’ouvrir la Chine aux étrangers, de permettre l’accès de ses ports, de laisser la voie libre à la civilisation occidentale, ils auraient suscité contre l’ennemi d’Europe la rébellion qui met en ce moment en feu tout le nord du grand Empire jaune. »

En s’inquiétant des intérêts européens, le quotidien laisse apparaître la volonté d’ingérence de l’Europe sur la Chine, a minima économique :

« Comment l’insurrection des Boxers se terminera-t-elle ? Il est certain, a-t-on fait remarquer, qu’ils n’ont rencontré jusqu’ici, de la part des autorités chinoises, qu’une mollesse qu’on peut très bien prendre pour une complicité et qui a dû les encourager.

Mais ce qui est non moins sûr, c’est qu’on ne parait point disposé en Europe à laisser plus longtemps le gouvernement de Pékin, inspiré par cette Impératrice-mère dont on n’est plus à compter les duplicités, favoriser une révolte qui menace la sécurité des étrangers, qui met leur vie en péril. »

Apogée de la révolte : le 10 juin 1900, l’impératrice Cixi réclame « l’expulsion des étrangers » devant le Grand Conseil, ce qui a pour conséquence immédiate d’exalter les insurgés. Ces derniers se vengent alors sur les Chinois chrétiens et les prêtres européens émigrés dans le pays, exerçant persécutions et autres assassinats. Le Constitutionnel rapporte les derniers événements le 9 juin 1900 :

« Ce mouvement insurrectionnel est l’explosion de la haine longtemps contenue des Chinois pour les étrangers. Partout où les révoltés rencontrent des Européens, ils les mettent à mort ; des missionnaires, des familles entières ont été massacrées. »

L’ambassadeur allemand en Chine Clemens von Ketteler est assassiné. Les Boxers font également le siège des Légations, des ensembles d’édifices destinés aux étrangers. Celui-ci durera 55 jours. Pékin, à feu et à sang : Le Petit Parisien illustre en pleine page la révolte qui fait rage dans l’Empire du milieu avec, en arrière-plan, une maison en proie aux flammes :

Une situation insurrectionnelle dont se fait l’écho La Cocarde, le 16  juin 1900 :

« La situation des légations à Pékin est des plus critiques. Les troupes chinoises, sous les ordres de Tung-Fuh-Siang, sont rassemblées devant les portes de la ville, au nombre de 30 000 hommes, avec plusieurs canons. Elles creusent des retranchements afin de s’opposer à l’avance de la colonne de secours.

Des canons ont été mis en position aux légations anglaise, américaine et japonaise. D’autre part, les ministres des États-Unis, du Japon et de la Russie ont envoyé des courriers à Tien-Tsin pour demander deux mille hommes de plus de chaque nationalité. »

Les puissances étrangères unies – Anglais, Américains, Allemands, Austro-Hongrois, Italiens, Français, Russes et Japonais – observent cette révolte avec crainte et très vite, s’organisent militairement. Le 3 juin 1900 La Petite Gironde fait état de l’arsenal occidental et japonais, prêt à dégainer :

« Il y a maintenant 23 navires de guerre étrangers à Takou : 9 russes, 3 français, 3 anglais, 3 allemands, 2 américains, 2 japonais et 1 italien.

Outre leurs équipages, les navires russes ont à bord 11 000 hommes de troupes venant de Port-Arthur. À Port-Arthur, 14 000 hommes sont encore prêts à partir. »

Mais qui sont ces « Boxers », tant redoutés par les forces occidentales ? Dans son édition du 27 août 1900, le journal colonial La Revue indochinoise interroge un évêque catholique de Chine qui décrit, sans crainte de la caricature, les membres de cette organisation. Sa réponse révèle également l’emprise européenne sur le pays :

« […] C’étaient, au début, des bandes composées de vagabonds, de gens sans aveu et absolument indisciplinés ; ils sont armés de bâtons et de méchants couteaux ; ils auraient été tout à fait incapables de résister à des réguliers Chinois si ceux-ci avaient voulu les combattre, mais ils ne le voulaient pas, au contraire.

Voyez-vous, les Boxers sont un prétexte ; en réalité, la Chine, croyant que l’Europe ne pourra jamais se mettre d’accord, a cru l’occasion bonne pour essayer de chasser les étrangers qui sont en train de construire des chemins de fer, avant que cette construction ne soit un fait accompli et ne métamorphose le pays en y introduisant l’industrie, le commerce et la civilisation européenne. »

Mais la révolte a du mal à dépasser les limites de la capitale et le pays, dans son ensemble, ne suit pas. Les étrangers unis organisent une expédition sous le commandement du général allemand Alfred von Waldersee, et entrent dans Pékin au mois d’août 1900. Pour fuir, l’impératrice se déguise… en paysanne, tandis qu’elle se désolidarise des Boxers.

Le corps d’expédition des Occidentaux atteint 100 000 hommes. Sans surprise, leur riposte fait montre d’une violence analogue à celle des Boxers : exécutions et viols se succèdent ainsi pendant plusieurs mois. La presse française de gauche, à l’instar du Radical, s’émeut des atrocités commises par les Européens :

« Nos guerriers ne cherchaient que des moissons de lauriers à conquérir ; pour arriver à ce but, ils auraient tout exterminé sur leur passage.

Les correspondances qui arrivent de Chine nous instruisent sur la façon dont fut menée la campagne. Des régiments ont été dispersés sur des étendues de deux cent cinquante kilomètres ; des généraux se disputent chaque tronçon, chaque escouade ; c’est l’ahurissement complet. […]

Les atrocités commises par les troupes étrangères, l’acharnement des vainqueurs sur des populations sans défense, l’ambition de certains chefs de se montrer triomphateurs sans péril ont jeté un voile douloureux sur l’expédition de Chine. »

Toute la presse ne s’indigne toutefois pas de cette violente rispote occidentale, loin s’en faut. Le très conservateur Petit Caporal étrille ainsi la prétendue « mansuétude » des journaux « franc-maçons et huguenots » :

« D’horribles scènes se sont produites en Chine, lors de la révolte des Boxers. Viols, assassinats d’enfants, tortures, toutes les atrocités ont été commises par les fanatiques chinois, dont la haine, surexcitée par l’or anglais et les propagandes protestantes s’est donné libre carrière.

Disons, en passant, qu’aujourd’hui, dans les journaux francs-maçons et huguenots, on est plein de mansuétude pour ces pauvres boxers, si méchamment mis à mort par les soldats français. »

Le 7 septembre 1901, un traité mettra fin au conflit et les représentants de l’impératrice accepteront de régler des réparations financières colossales aux Occidentaux, échelonnées sur quarante ans. Elles s’élèveront à 1 600 millions de francs-or. Cixi devra par ailleurs sacrifier certains princes de sa dynastie, auxquels sera offerte la « permission de se suicider ».

Du côté des Boxers, la plupart seront faits prisonniers tandis que les meneurs finiront décapités. Le mouvement dans son ensemble sera ainsi anéanti. Dix ans plus tard, la République de Chine naîtra sur les ruines d’un pouvoir impérial considérablement affaibli.

Pour en savoir plus : 

François Godement, 100 ans de Chine : de la révolte des Boxers au grand pas en avant vers l’intégration globale, Politique étrangère, 2000

Denis GallaisLa Guerre des boxers, l’expédition de Chine, 1900-1901, SRE Éditions, 2013

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